mardi 12 mai 2015

La mort d'Anne Marie de La Trémoille-Noirmoutier, princesse des Ursins, en décembre 1722




"Enfin la fameuse princesse des Ursins mourut à Rome, où elle s'était à la fin retirée et fixée depuis plus de six ans, aimant mieux y gouverner la petite cour d'Angleterre que de ne gouverner rien du tout. Elle avait quatre-vingt-cinq ans, fraîche encore, droite, de la grâce et des agréments, une santé parfaite jusqu'à la maladie peu longue dont elle mourut, la tête et l'esprit comme à cinquante ans, et fort honorée à Rome, où elle eut le plaisir de voir les cardinaux del Giudice et Alberoni l'être fort peu."

Saint-Simon
Mémoires
Gallimard, la Pléiade (édition Yves Coirault)
tome VIII, pp 549-550




"Malade depuis la fin de novembre, la princesse mourut le 5 décembre et fut le lendemain inhumée à Saint-Jean-de-Latran, sépulture ordinaire des Orsini. Saint-Simon trouvait des relations de ses obsèques dans le Mercure de décembre 1722 et le premier numéro de la Gazette de 1723."

Yves Coirault
Pléiade, tome VIII, note page 995


"Le même jour (5 décembre 1722), Anne Marie de La Trémoille, veuve en premières noces d'Adrien Blaise de Talleyrand de Chalais, prince de Chalais, mort à Venise en 1670, et en secondes de Don Flavio Orsini, duc de Bracciano et de San Gemini, chevalier des ordres du Roi de France et Grand d'Espagne, mourut en cette ville, âgée de quatre-vingt ans ou environ. Cette princesse a nommé le cardinal Acquaviva, le cardinal Gualterio et l'abbé de Gamaches, auditeur de Rote, pour exécuteurs de son testament et du codicille, par lequel elle donne au Chevalier de Saint-Georges (fils de Jacques II d'Angleterre, prétendant au trône d'Angleterre) une tabatière d'or garnie de diamants en dehors et en dedans du portrait du roi d'Espagne. Elle lègue à la princesse Clémentine Sobieska (épouse du Prétendant) la magnifique toilette que le feu Roi de France Louis XIV avait donnée à la feue reine d'Espagne. Elle institue le duc Lanti son neveu, héritier de tous les biens et revenus qu'elle avait en cette ville, et le duc de Noirmoutier son frère, de ceux qu'elle avait en France. Elle laisse peu de dettes, et elle a à Gênes une partie considérable de pierreries sur lesquelles elle avait emprunté quarante mille livres qu'elle a pu rembourser pour les retirer avant que de mourir."

Gazette du 2 janvier 1723



Photos : William della Rocca




dimanche 10 mai 2015

Saint-Simon, gouverneur de Blaye




L'impressionnante citadelle de Vauban, construite à partir de 1685, a quelque peu occulté le château de Blaye qu'ont connu et habité Claude de Saint-Simon et son fils. Cet "antique château féodal construit bien avant le 10ème siècle, mais restauré à différentes reprises au cours de l'épopée anglaise" fut longtemps la demeure des Rudel, dont le nom est resté célèbre grâce au troubadour Jaufré Rudel qui vécut au 12ème siècle, participa peut-être à la deuxième croisade et reste aujourd'hui encore le poète de "l'amour lointain" dont la légende prétend qu'il alla mourir, par-delà les mers, aux pieds de la comtesse de Tripoli.

"Lanquan li jorn son lonc en may
M'es belhs dous chans d'auzelhs de lonh,
E quan mi suy partitz de lay
Remembra.m d'un amor de lonh :
Vau de talan embroncx e clis

Si que chans ni flors d'albespis

No.m platz plus que l'yverns gelatz." 

Lorsque les jours sont longs en mai,
Me plaît le doux chant d'oiseaux lointains,
Et quand je suis parti de là
Me souvient d'un amour lointain;
Lors m'en vais si morne et pensif
Que ni chants, ni fleurs d'aubépines
Ne me plaisent plus qu'hiver gelé






"A la mort de M. de Luxembourg, frère du connétable de Luynes, le Roi donna le choix à mon père de sa vacance. Il avait les chevau-légers de la garde et le gouvernement de Blaye. Mon père le supplia d’en récompenser des seigneurs qui le méritaient plus que lui, déjà comblé de ses bienfaits. Le Roi et lui insistèrent dans cette singulière dispute ; puis, se fâchant, lui dit que ce n’était pas à lui ni à personne à refuser ses grâces, qu’il lui donnait vingt-quatre heures pour choisir, et qu’il lui ordonnait de lui dire le lendemain matin le choix qu’il aurait fait. Le matin venu, le Roi le lui demanda avec empressement. Mon père lui répondit que puisque absolument il lui voulait donner une des deux vacances, il croyait ne pouvoir rien faire de plus avantageux pour lui que de le laisser choisir lui-même. Le Roi prit un air serein et le loua ; puis lui dit que les chevau-légers étaient brillants, mais que Blaye était solide, une place qui bridait la Guyenne et la Saintonge, et qui dans des troubles faisait fort compter avec elle ; qu’on ne savait ce qui pouvait arriver ; que s’il venait après lui une guerre civile, les chevau-légers n’étaient rien, et que Blaye le rendrait considérable, raison qui le déterminait à lui conseiller de préférer cet établissement. C’est ainsi que mon père a eu ce gouvernement, et que les suites ont fait voir combien Louis XIII avait pensé juste et quelle était sa bonté, non par ce que mon père en retira, mais par tout ce qu’il méprisa, et par la fidélité et l’importance du service dont il s’illustra."

Saint-Simon
Mémoires
Gallimard, La Pléiade (édition Yves Coirault)
tome I, pp 59-60




L'inventaire dressé après le décès de Louis de Saint-Simon et publié par Johel Coutura (Cahiers Saint-Simon, numéro 12, 1984, pp 93-104), indique assez clairement la modestie du mobilier et rend d'autant plus pertinente la remarque adressée par Claude de Saint-Simon à son cousin chargé d'accueillir le Roi à Blaye en 1659 : "pour excuser les meubles, on ne manquera pas à dire que les meubles de Blaye sont les canons et les mousquets pour servir le Roi".

Saint-Simon, très soucieux de défendre ses prérogatives contre toute prétention qu'il jugeait injustifiée (cf. le conflit avec Montrevel, gouverneur de Guyenne, et son règlement, Mémoires, tome 4, pp 597-601), ne résida, semble-t-il, que deux fois dans son château de Blaye, en 1721 et 1722, à l'aller et au retour de son ambassade à la cour de Madrid.

"De Ruffec, j'allai en deux jours à La Cassine, petite maison à quatre lieues de Blaye que mon père avait bâtie au bord de ses marais de Blaye, que je pris grand plaisir à visiter; j'y passai la veille et le jour de la Toussaint, et, le lendemain, je me rendis de fort bonne heure à Blaye, où je séjournai deux jours. J'y trouvai plusieurs personnes de qualité, force noblesse du pays et des provinces voisines, et Boucher, intendant de Bordeaux, beau-frère de Le Blanc, qui m'y attendait, et auxquels je fis grand-chère soir et matin pendant ce court séjour. Je l'employai bien à visiter la place dedans et dehors, le fort de L'Isle et celui de Médoc vis-à-vis Blaye, où je passai par un très fâcheux temps. Mais je les voulais voir, et j'y menai mon fils, qui avait la survivance de mon gouvernement."


Saint-Simon
Mémoires
Gallimard, La Pléiade (édition Yves Coirault)
tome VIII, page 5


Photos : William della Rocca

samedi 9 mai 2015

Le costume de Monsieur le duc


Une fois encore, j'ai la grande chance d'être habillé par Anne Rabaron, qui avait déjà créé de superbes costumes pour mon précédent spectacle, tiré des Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Voici la robe d'intérieur qu'elle a confectionnée pour habiller le duc de Saint-Simon, en s'inspirant du portrait supposé de Le Nôtre (école française, début du XVIIIème siècle) qui se trouve au Musée des Beaux-Arts d'Orléans. Les photographies sont signées Eric Valdenaire.






vendredi 8 mai 2015

Enfants de Louis XIV, dont il est question dans les Mémoires de Saint-Simon


- de la Reine Marie Thérèse :
Louis, dit Monseigneur ou le Grand Dauphin

- de Louise Françoise Le Blanc de La Baume, duchesse de La Vallière :
Marie Anne de Bourbon, princesse de Conti, épouse de Louis Armand 1er de Bourbon, prince de Conti

- de Françoise Athénaïs de Rochechouart, marquise de Montespan : 
Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine

Louise Françoise de Bourbon, Mademoiselle de Nantes, épouse de Louis III de Bourbon-Condé, dite Madame la Duchesse

Françoise Marie de Bourbon, Mademoiselle de Blois, épouse de Philippe II d'Orléans, duc de Chartres, futur Régent

Louis Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse



Louis XIV peint par Rigaud

Monsieur de la Trappe peint de mémoire


"Il y avait longtemps que l’attachement que j’avais pour Monsieur de la Trappe et mon admiration pour lui me faisait désirer extrêmement de pouvoir conserver sa ressemblance après lui, comme ses ouvrages en perpétueraient l’esprit et les merveilles. Son humilité sincère ne permettait pas qu’on pût lui demander la complaisance de se laisser peindre. On en avait attrapé quelque chose au chœur, qui produisit quelques médailles assez ressemblantes ; mais cela ne me contentait pas. D’ailleurs, devenu extrêmement infirme, il ne sortait presque plus de l’infirmerie, et ne se trouvait plus en lieu où on le pût attraper. Rigaud était alors le premier peintre de l’Europe pour la ressemblance des hommes et pour une peinture forte et durable ; mais il fallait persuader à un homme aussi surchargé d’ouvrages de quitter Paris pour quelques jours, et voir encore avec lui si sa tête serait assez forte pour rendre une ressemblance de mémoire. Cette dernière proposition, qui l’effraya d’abord, fut peut-être le véhicule de lui faire accepter l’autre. Un homme qui excelle sur tous ceux de son art est touché d’y exceller d’une manière unique : il en voulut bien faire l’essai, et donner pour cela le temps nécessaire."

Saint-Simon
Mémoires
Gallimard, La Pléiade (édition Yves Coirault)
tome 1, page 333




La Ferté-Vidame


"La Ferté-Vidame est spectrale. Nul ne peut se vanter de connaître M. de Saint-Simon s'il n'a fait le pélerinage automnal du Thimerais, s'il n'a entendu ronfler la tempête, sangloter les eaux et s'incliner les forêts sous le vent de Beauce, les futaies tragiques et géants thuriféraires d'une âme inconsolée. "

Jean de La Varende
"Saint-Simon à la Ferté-Vidame"
in Demeures inspirées et sites romanesques, tome III,
Les Editions de l'Illustration, Paris, 1958










Photos : William della Rocca



jeudi 5 mars 2015

Philippe Meyer


"Les Affaires de mon temps" ont été célébrées par Philippe Meyer le 8 février dernier dans son émission l'Esprit Public, sur France Culture.

Lien ci-dessous, cliquer sur le petit carré rouge orné du sigle Play puis aller à 55:38.





http://www.franceculture.fr/emission-l-esprit-public-l-occident-face-a-poutine-la-conference-de-presse-de-francois-hollande-2015