mercredi 23 mai 2018

Création du 7ème épisode des Mémoires de M. le duc de Saint-Simon à partir du 14 juin


Mesdames, Messieurs,

Après un an d'absence, M. le duc de Saint-Simon présentera de nouveaux extraits de ses célèbres Mémoires à partir du 14 juin et ce, pour quatre soirées consécutives dans trois salons parisiens différents (voir détail ci-dessous).

Ces quatre soirées sont une invitation, pour celles et ceux qui le souhaitent, à s'extraire pour quelques heures du délire collectif auquel bon nombre de nos concitoyens vont se livrer au même moment en célébrant, une fois encore, le sacro-saint "ballon rond".

Ces îlots de résistance à l'abrutissement des esprits sont certainement bien dérisoires face à l'ampleur du désastre mais ils me semblent plus que jamais indispensables.

Ces quatre premières représentations du 7ème volet des "Affaires de mon temps », le feuilleton théâtral que je consacre, avec le concours de Philippe Le Leyzour , aux Mémoires de M. le duc de Saint-Simon, auront donc lieu les :

Jeudi 14 et vendredi 15 juin à 20h00 chez Agnès Brabo, avenue du Maine à Paris 14ème.

Samedi 16 juin à 20h00 chez Brigitte et Pierre Prades, cité Riverin à Paris 10ème.

Dimanche 17 juin à 18h00 chez Roseline, rue Jean-Pierre Timbaud à Paris 11ème.

La capacité d'accueil pour chacune de ces soirées est très limitée, il est donc absolument indispensable de réserver en écrivant à wdellarocca@yahoo.fr



Madame de Montespan
(Château de Versailles)

dimanche 13 mai 2018

Guides Paris & Compagnie des éditions Parigramme


Les toujours élégantes éditions Parigramme me font la grande joie de mettre mon travail à l'honneur dans deux très beaux guides de leur riche et superbe collection "Paris & Compagnie". 

Je les en remercie très chaleureusement et, plus particulièrement, leurs deux auteurs : Sophie Herber et Sophie Lemp.

Ces deux guides sont disponibles dans toutes les bonnes librairies ou sur le site de l'éditeur parisien :




Prochaines représentations


Mesdames, Messieurs,

voici le calendrier des représentations des "Affaires de mon temps" qui auront lieu prochainement à Paris et Reims :

Mercredi 30 mai à 19h30
Représentation du Sixième épisode
au Musée-hôtel Le Vergeur à Reims

Dimanche 3 juin à 18h00
Dernière représentation du Sixième épisode
chez Annick Le Dorré, rue Michelet à Paris 6ème

Pour réserver des places pour une ou plusieurs de ces représentations, veuillez écrire à wdellarocca@yahoo.fr

dimanche 29 avril 2018

Julien Green et Saint-Simon

Romancier américain d'expression française, élu à ce titre à l'Académie française en 1972, auteur d'un "Journal" célèbre dont trois volumes ont été publiés dans la collection de La Pléiade, Julien Green, mort en 1998, fut membre d'honneur de la Société Saint-Simon.

Les "Mémoires" furent en effet une des lectures favorites de l'auteur d'"Adrienne Mesurat" ; dès 1926, le petit livre d'extraits de la collection Nelson, intitulé "La Cour de Louis XIV", l'initia à cette lecture fondatrice, comme il le rappelle le 29 décembre 1976 dans son "Journal". Il cite fréquemment Saint-Simon et les références, au nombre d'une cinquantaine, parsèment le "Journal" de 1929 à 1997. Outre les allusions à tel ou tel passage relu avec ferveur (la folie destructrice du duc de Mazarin, 19 décembre 1948 (Pléiade, IV, 561) ; les masques de Bouligneux et Wartigny, 17 décembre 1959 (Pléiade, II, 542) ; le récit de la réduction des bâtards, "un des sommets de la littérature occidentale", 6 juin 1966 (Pléiade, VII, 235-266) ; la mort de Monseigneur, 13 novembre 1966 (Pléiade, IV, 56-78)  ; la lettre surprise par Louis XIII, 16 janvier 1974 (Pléiade, I, 64) ; la lâcheté du duc du Maine devant Namur, 15 février 1974 (Pléiade, I, 242)), Julien Green se délecte d'un mot ou d'une tournure de phrase où s'expriment le génie de la langue et l'autorité de l'écrivain : ainsi rappelle-t'il (29 décembre 1956), avec une admiration désolée, le "robinet" de Fénelon, versant "la qualité et la quantité exactement convenables à chaque chose et à chaque personne" (Pléiade, IV, 209) ; la fuite nocturne de Mme des Ursins (17 décembre 1958) : "la nuit était si obscure qu'on n'y voyait qu'à la faveur de la neige" (Pléiade, V, 161) ; ou encore (8 février 1961) le Grand Dauphin "enfoncé dans sa graisse et dans ses ténèbres" (Pléiade, IV, 96 ; le texte exact dit "absorbé").

Green souligne avec un enthousiasme amusé l'"admirable débraillé" des phrases de Saint-Simon (28 novembre 1951), citant par exemple à deux reprises l'"ici ailleurs" du portrait de Dangeau (Pléiade, VII, 709, cité le 11 novembre 1951 et, plus allusivement, le 26 octobre 1977) ou le laconisme d'un jugement définitif : "on admire et on fuit" (à propos des jardins de Versailles ; la citation exacte, dans son contexte, est : "l'abondance des eaux forcées et ramassées de toutes parts les rend vertes, épaisses, bourbeuses ; elles répandent une humidité malsaine et sensible, une odeur qui l'est encore plus. Leurs effets, qu'il faut pourtant beaucoup ménager, sont incomparables. Mais de ce tout il résulte qu'on admire et qu'on fuit" (Pléiade, V, 532 mais aussi p. 386 dans le petit volume de la collection Nelson). Julien Green cite trois fois ce jugement de Saint-Simon, le 29 décembre 1976, précisément après avoir rappelé son cher petit livre de la collection Nelson ; le 1er novembre 1978, à propos des jardins de La Granja près de Madrid mais pour, a contrario, célébrer l'attrait de "ce Versailles miniature" ; enfin à la fin de sa vie, le 10 juillet 1997, pour stigmatiser "tout ce qui est officiel, sans distinction."

Lecteur assidu de Saint-Simon, Julien Green s'intéresse évidemment aux ouvrages publiés sur son oeuvre. En février 1926, il lit l'ouvrage de René Doumic "Saint-Simon. La France de Louis XIV", publié en 1919 chez Hachette mais n'en fait aucune critique. En revanche, il manifeste beaucoup d'intérêt à la lecture de "Saint-Simon l'admirable" de José Cabanis dont il célèbre la "réussite totale", sensible à la pertinence des citations et à la beauté des "pages sur la mort qui sont presque toutes entières de Cabanis" (13 et 14 janvier 1975).

A la fin de sa vie (1er octobre 1997), il fera allusion à l'ouvrage de La Varende, "M. le duc de Saint-Simon et sa comédie humaine", évidemment présent depuis fort longtemps dans sa bibliothèque et dont il relit avec bonheur de larges extraits. Il est en revanche d'une sévérité extrême (13 novembre 1997) - et, à notre avis, excessive - pour le "Saint-Simon ou le système de la cour" d'Emmanuel Le Roy Ladurie et Jean-François Fitou (non cités), paru la même année : "D'une sottise éclatante. C'est un recueil de perles." Il se dit agacé par le style "prétentieux et vulgaire" et l'usage ridicule d'expressions anglaises telles que "Fénelon est kicked upstairs à l'archevêché de Cambrai" (op. cit. p. 16).

Plus encore que le témoignage historique et la variété des portraits de Saint-Simon, Green célèbre la force irrésistible de l'écriture : le petit duc, animé d'un "génie frénétique" (6 juin 1966), va jusqu'à anéantir la personnalité du lecteur ("qui lit Saint-Simon peut se croire Saint-Simon") par la vertu diabolique de "phrases embrouillées", bouillonnantes jusqu'au "bégaiement de fureur" (8 juillet 1930). Green, célébrant la "violence instinctive" et la "frénésie de génie" de Saint-Simon (13 avril 1978), en perçoit tous les effets dans ces mots "jetés sur le papier de manière à les faire hurler" (20 décembre 1976), ce qui remet en mémoire le propos de Jean Cocteau, adressé en 1953 à François-Régis Bastide : "La plume de notre duc trouait la feuille." Le style, "parlant au point qu'on voit gesticuler les phrases" (19 juin 1991), nous emporte dans une "chasse à Cour" par la magie d'une "langue qui galope pour rattraper la mémoire au vol" (1er octobre 1997).

Le diable et le spectacle de la mort sont bien souvent évoqués par Julien Green à propos de Saint-Simon dont l'écriture "rouge sombre" (1er octobre 1997) qui fait "le désespoir de l'écrivain" (23 juillet 1959) élabore "du point de vue spirituel l'imitation la plus parfaite du néant de l'Enfer" (13 janvier 1975). Il n'est, au bout du compte, pas très étonnant qu'après la Bible, Saint-Simon soit, pour Julien Green, avec Montaigne et, sans aucun doute, Pascal, parmi les grandes "lectures de fin de vie" (18 décembre 1976), même si les "Mémoires" furent à l'évidence l'un des livres majeurs de toute son existence.

Philippe Le Leyzour



samedi 28 avril 2018

Madame de Montespan, Saint-Simon et Sacha Guitry

En 1953, Sacha Guitry tourne au Château de Versailles, avec la bénédiction du gouvernement, l'un de ses films les plus ambitieux, "Si Versailles m'était conté". Dans l'éblouissante distribution de ce film de prestige, on relève le nom de Claudette Colbert, illustre vedette américaine d'origine française, choisie par le Maître pour incarner Mme de Montespan.

Dans un discours sur "Sacha Guitry et l'histoire", prononcé par Jean Piat à l'Académie des Sciences morales et politiques le 14 mars 2005, le comédien rapporte un extrait des "Souvenirs" de Guitry évoquant l'époque du tournage : "Nous tournions ce jour-là une scène entre le Roi et Mme de Montespan, scène au cours de laquelle je disais à Mme de Montespan: "Je vous garde à Versailles mais vous exile dans les combles". La scène terminée, Sacha va fumer une cigarette dans la Cour de marbre quand l'aimable conservateur-en-chef de Versailles, Gérald van der Kemp, vient le rejoindre et, avec une bonne grâce qui lui était coutumière, se fait un devoir d'aviser Sacha que ce n'était pas dans les combles mais bien au rez-de-chaussée de l'aile droite du château que Louis XIV avait exilé sa maîtresse. Et à l'entendre parler, Sacha se demandait si cette erreur était de nature à compromettre le succès de l'ouvrage. Et il a cru bon de lui répondre aussitôt : "Cher van der Kemp, le roi Louis XIV n'avait-il pas assez d'indépendance et d'autorité pour revenir le lendemain sur une décision qu'il avait prise la veille ?" Et Sacha conclut : "J'aurais pu lui dire que ma phrase telle quelle avait sa raison d'être car faire dire au Roi : "Je vous garde à Versailles mais vous exile dans les combles", c'est une bien meilleure réplique que de lui faire articuler : "Je vous garde à Versailles mais vous exile dans l'appartement qui se trouve au rez-de-chaussée de l'aile droite du château"."

Rappelons que, pour le même film, Sacha Guitry, qui interprète Louis XIV vieillissant, écrit une courte scène où figure le duc de Saint-Simon, incarné par le comédien Jacques François. Remarquant que le duc, après un bref échange avec le Roi sur la composition du Conseil, s'éloigne pour le transcrire aussitôt, Louis XIV lui arrache des mains la feuille sur laquelle il est en train d'écrire et, après en voir pris connaissance, lui assène : "Monsieur de Saint-Simon, ce n'est pas cela que je viens de dire" et, déchirant la feuille, ajoute : "Perdez donc cette habitude déplorable que vous avez de rapporter inexactement les paroles et les faits dont vous êtes le témoin. Soyez éblouissant, Monsieur, mais soyez juste". Echo probable de querelles d'historiens, professionnels et amateurs, soucieux de la gloire de Louis XIV, et ulcérés par le regard impitoyable du mémorialiste.


Claudette Colbert


Mary Marquet, Sacha Guitry et Jacques François



mardi 6 juin 2017

Ninon de Lanclos (1623-1705)


Anne de Lanclos (l'orthographe Lenclos qui est habituellement utilisée est fautive) était la fille d'un fier-à-bras "impie et ami du plaisir", dont la principale qualité était de jouer remarquablement du luth. Il existe au Cabinet des estampes des musées d'Etat de Berlin un admirable recueil, illustré de dessins attribués à Abraham Bosse, comprenant diverses pièces de luth composées par Denis Gaultier, parmi lesquelles un Tombeau de M. de Lanclos et La consolation des amis de M. de Lanclos. Henri de Lanclos sut transmettre à sa fille son amour de la musique, et du luth en particulier, talent qui permit à la jeune fille peu fortunée d'être appelée à jouer dans les salons du Marais et de commencer à nouer d'utiles relations dans la bonne société. C'est très probablement dans l'un de ces salons qu'elle fit la connaissance de son premier protecteur, Jean Coulon, conseiller au Parlement, et, peu après, du second, d'Aubijoux, lieutenant du Roi en Languedoc et gouverneur de Montpellier. Ainsi s'amorça sa carrière de courtisane, qu'elle sut habilement parer des qualités d'élégance et de savoir-vivre, au point de se voir confier par des courtisans l'éducation sentimentale et sexuelle de leurs fils. C'est à cette époque qu'elle choisit de se faire appeler Ninon, peut-être sous l'influence de la Nanna de l'Arétin. On sait par Tallemant des Réaux qu'elle classait ses soupirants en trois catégories : les payeurs, les martyrs et les favoris. Sa "manière jolie de faire l'amour", ses dons de musicienne, sa culture sans doute réduite mais sincère (elle était fervente lectrice de Montaigne) lui permirent de conforter une certaine position sociale. Mais elle n'échappa pas, dans les années 1650, au climat de pruderie encouragé par la Reine Anne d'Autriche, sous l'influence de la Compagnie du Saint-Sacrement. Elle fut arrêtée et conduite dans une institution, les Madelonnettes, où l'on enfermait les femmes de mauvaise vie, puis dans un couvent à Lagny où elle reçut - première consécration - la visite de Christine de Suède (septembre 1656).
Très liée au milieu précieux (Mlle de Scudéry fit son portrait dans Clélie sous le nom de Clarice) et au milieu libertin (Scarron), elle s'installa en 1658 rue des Tournelles (actuel numéro 36) où elle vécut quarante-huit ans. Ses bons mots, son "humeur vituperosa" (Tallemant), le charme de sa société amplifièrent sa renommée. Son grand amour fut sans aucun doute le marquis de Villarceaux avec lequel elle eut un fils qu'elle n'éleva pas elle-même mais qu'elle n'abandonna jamais, se souciant jusqu'à sa mort de lui assurer une vie honorable et des revenus suffisants. Ce fils, qui deviendra le chevalier de La Boissière, fit toute sa carrière dans la Marine à Toulon ; il fut reconnu par son père. Villarceaux, dès la fin de sa passion pour Ninon, se mit à courtiser son amie Mme Scarron, qui ne fut pas indifférente.
En 1671, Ninon se lia avec Charles de Sévigné, fils de la marquise, des années après avoir été la maîtresse de son père. Beau mais nonchalant, il lassa Ninon qui le quitta comme le raconte Mme de Sévigné à sa fille (22 avril 1671) : "Ninon l'a quitté. Il était malheureux quand elle l'aimait ; il est au désespoir de n'en être plus aimé, et d'autant plus qu'elle n'en parle pas avec beaucoup d'estime : C'est une âme de bouillie, dit-elle, c'est un corps de papier mouillé, un coeur de citrouille fricassé dans de la neige."
Ses amitiés avec Mme de La Sablière, avec Saint-Evremond, qui lui dédia son traité Sur la morale d'Epicure, rendent compte de son goût pour la pensée libre de toute contrainte religieuse, même si elle s'efforça, à la fin de sa vie, de sauver les apparences et d'échapper à l'accusation d'impiété. Elle mourut en 1705, après avoir pris soin de réserver une place pour son tombeau dans l'église Saint-Paul, sa paroisse.


Bibl. : Roger Duchêne, Ninon de Lenclos, Fayard, 1984.